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Anglicismes en français : 30 mots à connaître (et éviter)

Anglicismes en français : 30 mots à connaître (et éviter)

Les anglicismes en français, vous en utilisez probablement plus que vous ne le pensez. Un weekend chargé, un brunch entre amis, un brainstorming au bureau, un peu de shopping, une série en streaming le soir : la langue française fourmille de mots empruntés à l'anglais, parfois assumés, parfois invisibles, parfois carrément inventés de toutes pièces par les francophones eux-mêmes.

L'anglicisme, c'est ce mot ou cette tournure venue de l'anglais qui s'est glissée dans notre vocabulaire quotidien. Mondialisation, culture pop, révolution numérique, jargon corporate : les portes d'entrée sont multiples, et le phénomène n'a rien de nouveau. Ce qui change, c'est la vitesse à laquelle les nouveaux mots arrivent, et la frontière de plus en plus floue entre vrais emprunts à l'anglais et créations purement françaises qui n'ont d'anglais que la sonorité.

Dans cet article, vous allez découvrir les anglicismes les plus courants au bureau, sur Internet, dans la mode et le sport, mais aussi les fameux faux anglicismes (smoking, footing, parking) que personne ne comprend en dehors de l'Hexagone. Avec, à chaque fois, l'équivalent français recommandé par l'Académie française et la base France Terme. Pas de purisme rigide, pas de leçon de morale : juste de quoi y voir clair, et choisir vos mots en connaissance de cause.

Anglicisme et faux anglicisme : la nuance qui change tout

Avant de plonger dans les listes, posons les bases. Un anglicisme, c'est un emprunt fait à la langue anglaise et intégré au français. Le mot vient bien d'outre-Manche ou d'outre-Atlantique, et il garde, à peu de chose près, son sens d'origine. Email, weekend, marketing, podcast : tous ces mots sont des anglicismes au sens strict.

Mais tous les anglicismes ne se valent pas. Les linguistes en distinguent généralement plusieurs grandes familles, qu'il est utile de connaître pour comprendre ce qui se joue dans la langue.

L'anglicisme intégré (ou emprunt lexical)

C'est la forme la plus visible : on prend un mot anglais et on l'utilise tel quel, parfois en le francisant légèrement à l'oral. Weekend, sandwich, manager, brainstorming, smartphone. Le mot existe en anglais, on l'a importé, point.

Le calque (anglicisme syntaxique ou sémantique)

Plus discret, le calque traduit littéralement une expression anglaise mot à mot. Quand vous dites "ça fait sens" au lieu de "ça a du sens", vous calquez l'anglais it makes sense. Quand on parle d'une "opportunité" au sens de chance ou occasion, c'est l'anglais opportunity qui contamine le sens français du mot. Pour creuser ce type de piège, l'article sur comment traduire "on" en anglais illustre bien la logique inverse, côté traduction.

Le néologisme à l'anglaise (ou faux anglicisme)

Et là, on entre dans le territoire le plus piégeux. Le faux anglicisme, parfois appelé pseudo-anglicisme, est un mot qui sonne anglais, qui ressemble à de l'anglais, mais qui n'existe pas en anglais avec ce sens, ou pas du tout. Un Français parle de footing, de smoking, de baby-foot ; un Anglais hausse un sourcil. On y revient en détail un peu plus bas.

Les anglicismes français au bureau : le top du jargon corporate

Première terre d'accueil des anglicismes français : l'open space. Le vocabulaire de l'entreprise, surtout dans les milieux tertiaires et tech, est saturé de mots anglais. Pas étonnant : la culture managériale moderne s'est largement diffusée depuis les États-Unis, et avec elle ses concepts, ses méthodes, et son lexique.

Voici les anglicismes corporate qui reviennent le plus souvent, avec leur équivalent français recommandé.

  • Briefing : réunion d'information, point de cadrage. "On fait un briefing à 10h" se dit aussi bien "on se cale à 10h pour le brief".
  • Deadline : échéance, date butoir. "La deadline c'est vendredi" devient "l'échéance, c'est vendredi".
  • Brainstorming : remue-méninges, séance d'idéation. L'Académie française recommande remue-méninges, parfaitement viable.
  • Feedback : retour, retour d'information. "J'attends ton feedback" peut se dire "j'attends ton retour".
  • Manager : encadrant, responsable, chef d'équipe. Le verbe to manage donne "encadrer", "piloter", "gérer".
  • Networking : réseautage. "Faire du networking" devient "réseauter" ou "élargir son réseau".
  • Business plan : plan d'affaires, plan d'entreprise.
  • ASAP (as soon as possible) : dès que possible, au plus vite, urgent.
  • Call : appel, réunion téléphonique, point. "On a un call à 14h" se traduit naturellement par "on a un point à 14h".
  • Debrief : compte rendu, bilan. "Faire le debrief" = faire le bilan.
  • Kickoff : lancement, réunion de lancement.
  • ROI (return on investment) : retour sur investissement, abrégé en RSI.
  • Drive : dans le commerce, service au volant. Le drive du supermarché, c'est le service au volant ou de retrait en voiture.

Beaucoup de ces termes ont été forgés dans le monde anglo-saxon des affaires, et il existe tout un vocabulaire spécifique qu'on peut apprivoiser sans douleur. Pour aller plus loin sur ce registre, ce guide des expressions incontournables de l'anglais des affaires couvre les formulations les plus utiles en réunion et par mail.

Petite précision utile : utiliser "deadline" plutôt qu'"échéance" n'est pas un crime contre la langue. C'est juste un choix. Le souci commence quand le mot anglais sert à masquer un sens flou ou à donner une fausse impression de modernité. Un point de cadrage clair vaut mieux qu'un kickoff brumeux.

Les anglicismes français du numérique : tech, web et réseaux sociaux

Deuxième grand bassin : le digital. Là, pour le coup, l'avance lexicale anglo-saxonne est massive. La plupart des inventions tech sont arrivées avec leur nom anglais déjà collé dessus, et le français a souvent couru derrière pour proposer un équivalent.

  • Smartphone : ordiphone, téléphone intelligent (équivalents officiels France Terme, encore peu utilisés dans la pratique).
  • Hashtag : mot-dièse (recommandation officielle de la Commission d'enrichissement de la langue française), parfois mot-clic au Québec.
  • Like : mention "j'aime", j'aime.
  • Follower : abonné, suiveur.
  • Streaming : diffusion en flux, en flux continu, en continu.
  • Podcast : audio à la demande, balado au Québec (très implanté là-bas, beaucoup moins en France).
  • App / application : application, appli.
  • Login : identifiant, connexion. To log in : se connecter.
  • Cloud : nuage, informatique en nuage.
  • Email : courriel (officiel) ou simplement message.

On peut tout à fait dire courriel sans passer pour un dinosaure, mais email reste très majoritaire dans l'usage. Hashtag a complètement écrasé mot-dièse dans le langage courant, alors que cloud cohabite plutôt bien avec nuage. Là encore, l'usage tranche, pas les décrets.

Si vous voulez explorer comment l'anglais et le français cohabitent dans la pop culture et la consommation, ce panorama des marques anglaises que les Français prononcent mal est une lecture savoureuse, et révélatrice de notre rapport décomplexé à la prononciation.

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Les anglicismes lifestyle, mode et sport

En dehors du bureau et de l'écran, les anglicismes français se sont aussi installés dans nos loisirs, notre garde-robe et nos baskets. Ici, l'usage est souvent plus assumé, presque revendiqué : il y a une part de séduction du mot anglais, court, percutant, un brin cosmopolite.

  • Running : course à pied. On peut dire "je vais courir" ou "je fais ma course", mais running s'est bien implanté.
  • Fitness : mise en forme, remise en forme. La salle de fitness, c'est la salle de remise en forme.
  • Food truck : camion-restaurant, cuisine ambulante.
  • Brunch : à mi-chemin entre breakfast et lunch, on parle parfois de "grand petit-déjeuner". L'usage a tranché : brunch reste roi.
  • Coach : entraîneur, mentor, accompagnateur.
  • Fashion : mode. La fashion week, c'est la semaine de la mode.
  • Must-have : indispensable, incontournable.
  • Vintage : d'époque, rétro, ancien. Le vrai vintage suppose un certain âge ; rétro évoque davantage le style.

Vous noterez que sur ce registre, l'équivalent français existe presque toujours, et qu'il est parfaitement utilisable. Dire "je vais courir" plutôt que "je vais faire mon running" ne vous fera pas passer pour un puriste, juste pour quelqu'un qui parle naturellement.

Les faux anglicismes : ces mots qui n'existent pas en anglais

On arrive au cœur du sujet le plus amusant. Les faux anglicismes, ou pseudo-anglicismes, sont des mots créés en France (ou ailleurs en Europe), avec une consonance anglaise, mais qui n'ont pas d'existence dans la langue anglaise réelle, ou qui y signifient autre chose. Si vous lâchez l'un de ces mots à un Britannique ou à un Américain, attendez-vous à un blanc poli.

  • Smoking : en anglais, smoking signifie "fumer" ou "qui fume". Le costume habillé que les Français appellent smoking se dit tuxedo aux États-Unis et dinner jacket au Royaume-Uni.
  • Footing : aucun rapport avec la course à pied en anglais. Footing veut dire "position", "fondement", "appui". Pour la course tranquille, l'anglais utilise jogging ou running.
  • Brushing : en anglais, le mot signifie "brossage". Le brushing tel qu'on l'entend chez le coiffeur se dit blow-dry.
  • Baby-foot : pure invention française. En anglais américain, on dit foosball, en anglais britannique table football. Baby-foot ne veut rien dire pour un anglophone.
  • Parking : un anglophone comprendra à peu près, mais le mot juste est parking lot (US) ou car park (UK). Parking seul, en anglais, est plutôt l'action de se garer.
  • Jogging : pour le vêtement de sport, l'anglais dit tracksuit ou sweatpants. Le mot jogging anglais désigne uniquement la course.
  • Pressing : un Anglais comprendra "pression". Pour le service de nettoyage, on dit dry cleaner.
  • Basket : la chaussure de sport s'appelle sneakers (US) ou trainers (UK). Basket désigne soit le panier, soit le sport (basketball).
  • Talkie-walkie : ordre des mots inversé. En anglais, on dit walkie-talkie.
  • Rollers : les patins à roulettes en ligne se disent rollerblades ou inline skates. Rollers seul est ambigu en anglais.
  • Tennisman, tenniswoman : ces mots n'existent pas. On dit simplement tennis player.
  • Recordman : invention française. L'anglais dit record holder.
  • Relooking : encore une création hexagonale. L'équivalent anglais est makeover.

Le piège est subtil : utiliser ces mots ne fait pas de vous un anglophobe ni un mauvais francophone, mais cela peut donner la fausse impression de "parler anglais". Aller à Londres en pensant pouvoir y demander un parking ou un pressing, c'est s'exposer à un quiproquo poli. C'est exactement la même logique que pour les expressions anglaises intraduisibles en français : la frontière entre les deux langues est plus poreuse, et plus capricieuse, qu'on ne le croit.

Tableau récap des anglicismes français à connaître

Mot utilisé en françaisVrai mot anglaisÉquivalent français recommandé
Briefingbriefingréunion d'information, point de cadrage
Deadlinedeadlineéchéance, date butoir
Brainstormingbrainstormingremue-méninges
Feedbackfeedbackretour, retour d'information
Managermanagerencadrant, responsable
Networkingnetworkingréseautage
Business planbusiness planplan d'affaires
ASAPASAPdès que possible
Callcallappel, point
Kickoffkickofflancement
ROIROIretour sur investissement (RSI)
Drive (commerce)drive-throughservice au volant
Smartphonesmartphoneordiphone, téléphone intelligent
Hashtaghashtagmot-dièse
Emailemailcourriel
Cloudcloudnuage, informatique en nuage
Streamingstreamingdiffusion en flux
Podcastpodcastbalado, audio à la demande
Smokingtuxedo / dinner jacketcostume habillé
Footingjogging / runningcourse à pied
Brushingblow-dryséchage et mise en forme
Baby-footfoosball / table footballbaby-foot (lexicalisé)
Parkingparking lot / car parkparc de stationnement
Pressingdry cleanerteinturerie, blanchisserie
Basket (chaussure)sneakers / trainerschaussure de sport
Talkie-walkiewalkie-talkieémetteur-récepteur portatif
Rollersrollerblades / inline skatespatins en ligne
Tennismantennis playerjoueur de tennis
Recordmanrecord holderdétenteur du record
Relookingmakeoverchangement de style

Faut-il vraiment bannir les anglicismes français ?

La question revient régulièrement, et l'Académie française y a répondu de façon plus nuancée qu'on ne le croit. Dans sa rubrique "Dire, ne pas dire", l'Académie distingue les emprunts utiles, qui enrichissent la langue et comblent un vide lexical, des anglicismes qu'elle juge inutiles ou nuisibles, parce qu'un mot français parfaitement clair existe déjà.

La Commission d'enrichissement de la langue française, en partenariat avec France Terme, propose depuis les années 1990 des équivalents français pour des milliers de termes étrangers. Certains s'imposent (logiciel a balayé software), d'autres restent confidentiels (mot-dièse n'a jamais détrôné hashtag). C'est l'usage qui tranche, pas les commissions.

La position raisonnable, à mi-chemin entre le purisme et le laisser-aller, tient en quelques points.

  • Les anglicismes intégrés depuis longtemps font partie du français. Personne ne va remplacer weekend par fin de semaine en France métropolitaine.
  • Quand un équivalent français court et clair existe, l'utiliser ne coûte rien et préserve la précision (échéance plutôt que deadline, retour plutôt que feedback).
  • Les faux anglicismes méritent une attention particulière : les utiliser, c'est risquer de croire qu'on parle anglais alors qu'on parle français déguisé.
  • Le franglais en entreprise n'est pas un signe d'expertise, et un excès d'anglicismes peut même nuire à la clarté du discours.

Le vrai pivot, c'est l'apprentissage actif. Truffer ses phrases d'anglicismes ne fait pas progresser en anglais. Pour vraiment gagner en aisance, il faut s'exposer à la langue dans sa vraie grammaire, sa vraie syntaxe, sa vraie prononciation. Quelques bons outils existent, comme ces applications pour apprendre l'anglais à la maison, qui complètent bien une démarche structurée.

FAQ sur les anglicismes en français

Quelle est la différence entre un anglicisme et un faux anglicisme ?

Un anglicisme est un mot anglais réellement importé en français, qui garde à peu près son sens d'origine : email, weekend, brainstorming, manager. Un faux anglicisme, ou pseudo-anglicisme, est un mot qui sonne anglais mais qui n'existe pas en anglais avec ce sens, voire qui n'existe pas du tout. Smoking, footing, brushing, baby-foot, parking, relooking : autant de créations françaises ou européennes que les anglophones ne reconnaissent pas. Petit test simple : si un Britannique fronce les sourcils, c'est probablement un faux anglicisme.

Quels sont les anglicismes les plus utilisés au bureau ?

Le top des anglicismes corporate en français inclut briefing, deadline, brainstorming, feedback, manager, networking, ASAP, call, debrief, kickoff, ROI, business plan. La plupart ont un équivalent français recommandé par l'Académie française et France Terme : réunion d'information, échéance, remue-méninges, retour, encadrant, réseautage, lancement, retour sur investissement.

Faut-il éviter tous les anglicismes en français ?

Non. L'Académie française elle-même fait la distinction entre les emprunts utiles, qui enrichissent la langue, et les anglicismes nuisibles ou superflus, souvent dictés par effet de mode. Dire weekend ou email ne pose aucun problème. Préférer "ça a du sens" à "ça fait sens", ou "échéance" à "deadline", relève d'un choix conscient au service de la clarté. Le vrai enjeu, ce n'est pas de bannir l'anglais, c'est de ne pas confondre anglicismes français et maîtrise de l'anglais réel.

Comment savoir si un mot est un vrai anglicisme ou un faux anglicisme ?

Le réflexe le plus efficace consiste à vérifier dans un dictionnaire bilingue ou monolingue anglais si le mot existe avec le sens qu'on lui prête en français. Smoking en anglais signifie "fumer", footing désigne une "position" ou un "appui", baby-foot ne veut rien dire. Ce sont autant d'indices d'un faux anglicisme. La base France Terme du gouvernement français recense également les équivalents officiels et permet d'identifier rapidement les pièges les plus courants.

Pour conclure : choisir ses mots, en français comme en anglais

Les anglicismes français ne sont ni un mal ni un signe de modernité magique. Ce sont des mots, comme les autres, à utiliser avec discernement. Certains enrichissent vraiment la langue, d'autres masquent un appauvrissement, d'autres encore, comme les faux anglicismes, donnent une illusion d'anglais qui se dissipe dès qu'on traverse la Manche.

La meilleure manière de s'y retrouver, c'est encore d'apprendre l'anglais pour de vrai. Pas par snobisme, par lucidité : connaître les deux langues permet de choisir, de jouer avec les nuances, et d'éviter les faux pas qui font sourire poliment les anglophones.

Jordan Jeandon
Jordan Jeandon
Ancien CMO & CoFondateur