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CPF : vers un « compte professionnel de formation » ? Ce que disent les rumeurs de réforme

CPF : vers un « compte professionnel de formation » ? Ce que disent les rumeurs de réforme

Depuis la mi-juillet 2026, une rumeur agite le monde de la formation professionnelle : le Compte personnel de formation (CPF) pourrait changer de nature et devenir un « compte professionnel de formation ». Derrière ce simple glissement d'un mot se cache une transformation potentiellement profonde du dispositif. Faisons le point sur ce que l'on sait, ce qui reste incertain, et les deux scénarios qui se dessinent.

D'où vient cette rumeur ?

Tout est parti d'un entretien accordé par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, au journal Les Échos le 16 juillet 2026. Le ministre y a déclaré vouloir « changer le P de CPF », en le faisant passer de personnel à professionnel. Concrètement, chaque achat de formation financé par le CPF serait désormais soumis à une validation préalable.

Selon les modalités évoquées, cette validation serait assurée par l'employeur pour un salarié en poste. Pour les autres actifs, (demandeurs d'emploi, indépendants), elle reviendrait à l'Apec (Association pour l'emploi des cadres), voire à France Travail. Le ministre assure que chacun pourra toujours construire son parcours, mais qu'il s'agit de vérifier que chaque formation soit « cohérente » avec les évolutions professionnelles visées et « réaliste » au regard du marché du travail.

Pourquoi maintenant ? Le poids du budget

Le calendrier n'est pas anodin. Cette annonce intervient alors que le gouvernement prépare le budget de l'État pour 2027, dans une logique de redressement des finances publiques. Un rapport du Sénat publié le 9 juillet 2026 rappelle que le coût du CPF pour les finances publiques s'élève à environ 2,1 milliards d'euros par an depuis 2020. Le même rapport souligne que les employeurs sont la première source de financement du dispositif, avec une contribution collectée par France compétences proche de 11 milliards d'euros en 2025.

Ce projet s'inscrit d'ailleurs dans une série de tours de vis déjà appliqués depuis 2024 :

  • le permis de conduire a été exclu du catalogue CPF, sauf pour les demandeurs d'emploi ;
  • un décret de février 2026 a plafonné à 1 500 € les montants mobilisables pour les formations du « répertoire spécifique », dont les langues étrangères ;
  • la participation forfaitaire laissée à la charge du bénéficiaire est passée à 150 €, soit une hausse d'environ 50 %.

Autrement dit, le CPF est déjà, depuis deux ans, un dispositif nettement plus encadré qu'à sa création.

Un changement de philosophie qui fait débat

Si la mesure venait à voir le jour, elle ne serait pas un simple ajustement technique. Le CPF a été conçu comme un outil d'émancipation : donner à chaque actif la main sur son propre parcours de formation, indépendamment de son employeur. C'est tout le sens de la loi du 5 septembre 2018, au nom évocateur : « Liberté de choisir son avenir professionnel ».

Soumettre l'usage du CPF à une validation préalable de l'employeur ou d'un tiers reviendrait à inverser cette logique. C'est précisément ce que dénoncent plusieurs syndicats. Dans un communiqué du 21 juillet, la CFDT estime que la réforme remettrait en cause l'équilibre construit par les partenaires sociaux à travers les accords nationaux interprofessionnels de 2013 et 2018. Du côté de la CGT, Denis Gravouil rappelle que le CPF doit permettre au salarié de choisir une formation qui ne soit pas uniquement celle que son employeur souhaite pour l'adapter à son poste.

Le sujet dépasse le clivage habituel. Le patronat soutient globalement la réforme, tandis que des voix de la majorité elle-même s'interrogent : le député Sylvain Maillard a critiqué la méthode, rappelant lui aussi que la loi de 2018 portait le nom de « Liberté de choisir son avenir professionnel ». Si le projet arrive un jour à l'Assemblée nationale, les débats s'annoncent houleux.

Deux scénarios possibles

À ce stade, rien n'est acté : il n'existe aucun texte, et le calendrier reste à préciser. La réforme pourrait être intégrée aux discussions budgétaires de 2027, ou rester lettre morte. Deux scénarios se dessinent.

Scénario 1 : la réforme voit le jour

Si le « compte professionnel de formation » se concrétise, ce serait le signe d'une volonté politique claire de mettre un coup d'arrêt au CPF tel qu'on le connaît. Les moteurs seraient alors principalement budgétaires (réduire une dépense de plus de deux milliards d'euros par an) et, sans doute, l'influence d'un patronat favorable à un pilotage des formations davantage aligné sur les besoins des entreprises.

Scénario 2 : la réforme reste au stade du projet

À l'inverse, si les tensions sur le budget de la France venaient à se desserrer, une hypothèse crédible avec le nouveau gouvernement attendu en 2027, le dispositif pourrait être conservé dans sa forme actuelle. Le CPF resterait alors ce qu'il a toujours été : un outil d'émancipation individuelle, au service de la liberté de chacun de piloter son parcours professionnel.

Ce qu'il faut retenir

À la date de publication de cet article, la transformation du CPF en « compte professionnel de formation » n'est qu'une intention ministérielle, pas une décision. Mais le simple fait qu'elle soit sur la table en dit long sur les arbitrages à venir. Pour les actifs qui envisagent une formation en anglais ou dans tout autre domaine, le message est clair : les règles se durcissent progressivement, et il peut être avisé de mobiliser ses droits tant que le cadre actuel reste en vigueur.

Cet article sera mis à jour au fil de l'évolution du dossier.

Sources

Kevin Allec
Kevin Allec
Président Directeur Général

Il a fondé Anglify pour montrer qu’apprendre une langue peut être simple, vivant et même agréable, quand la méthode s’adapte enfin à la personne qui apprend.