Vous avez des droits CPF et vous hésitez à les utiliser maintenant ou à attendre ? Depuis la rentrée, deux nouvelles ont relancé la question : le ministère du Travail a annoncé l'ouverture de concertations sur l'avenir du dispositif en septembre, et une piste de 300 millions d'euros d'économies sur le CPF est étudiée pour le budget 2027. Cet article fait le tri entre ce qui est déjà en vigueur, ce qui est seulement envisagé, et ce que cela signifie concrètement si vous préparez une formation en anglais.
Ce qui s'est passé depuis l'été
Le 16 juillet 2026, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a déclaré aux Échos vouloir faire passer le « P » du CPF de « personnel » à « professionnel ». L'idée : vérifier, avant chaque mobilisation des droits, que la formation choisie est cohérente avec le parcours professionnel de la personne. Nous avions détaillé cette annonce dans notre article de juillet.
Dans les jours qui ont suivi, selon l'agence spécialisée AEF info, le ministère a précisé qu'aucune mesure nouvelle n'était applicable à ce stade, que le véhicule juridique (décret ou loi) n'était pas tranché, et que des concertations avec les partenaires sociaux s'ouvriraient en septembre 2026. La CFDT, de son côté, a demandé le 21 juillet l'ouverture d'une véritable concertation. Ces discussions constituent le premier moment où les modalités concrètes seront débattues.
Le 8 septembre 2026, Le Figaro a rapporté qu'une piste de 300 millions d'euros d'économies sur le CPF était sérieusement étudiée pour le budget 2027, à l'issue d'une réunion interministérielle. Il s'agit d'une option à l'étude, pas d'un arbitrage rendu. Pour donner un ordre de grandeur, le CPF représente environ 2 milliards d'euros par an de dépense publique (1,815 milliard engagé en 2025) selon le rapport n° 887 de la commission des finances du Sénat, déposé le 9 juillet 2026.
Ce qui est déjà en vigueur
Avant de parler de ce qui pourrait changer, rappelons ce qui a déjà changé. Le CPF de 2026 n'est plus celui de 2022 :
- Depuis le 2 avril 2026, une participation forfaitaire de 150 € reste à la charge du bénéficiaire pour chaque dossier. Ce reste à charge, instauré à 100 € en 2024 puis porté à 103,20 € au 1er janvier 2026, a été relevé par le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026. Il ne s'applique pas aux demandeurs d'emploi, ni en cas de cofinancement par l'employeur, ni lorsque la formation est financée par des points du compte professionnel de prévention ou par un complément AT-MP.
- Depuis le 26 février 2026, les formations qui préparent à une certification du Répertoire spécifique sont plafonnées à 1 500 € de droits mobilisables, en application du décret n° 2026-127 du 24 février 2026. Les certifications en langues les plus courantes, dont le TOEIC, le Linguaskill et le LILATE, relèvent de ce répertoire et sont donc concernées.
- Depuis le 20 février 2026, l'éligibilité au CPF des permis véhicules légers (A1, A2, B1, B) est réservée aux demandeurs d'emploi inscrits à France Travail et aux salariés bénéficiant d'un cofinancement de leur employeur. Les permis poids lourds et transport restent accessibles à tous.
Ces règles s'appliquent aujourd'hui. Elles ne dépendent pas des concertations en cours.
Ce qui est envisagé pour 2027
Sur ce volet, la prudence s'impose : au moment où nous écrivons, aucun texte n'a été publié et les modalités précises ne sont pas officiellement détaillées. Les pistes qui circulent viennent des déclarations du ministre et des informations de presse.
Une vérification de la cohérence professionnelle
C'est la mesure la plus structurante. Avant de mobiliser ses droits, la personne devrait faire valider le lien entre sa formation et son projet professionnel. Deux circuits ont été évoqués : l'employeur pour une formation sur le temps de travail, et les opérateurs du conseil en évolution professionnelle (Apec, France Travail, missions locales, Cap emploi) pour une formation hors temps de travail.
Des plafonds et un reste à charge revus
Parmi les thèmes annoncés pour les concertations figurent la révision des plafonds de financement par type de formation, l'encadrement des prix et le renforcement du reste à charge pour certaines catégories de projets. Certains médias évoquent un reste à charge modulé selon que le projet est cofinancé par l'employeur, vise un métier en tension ou relève d'une démarche individuelle. Ce scénario n'a pas été confirmé par le ministère.
Le calendrier
Les concertations démarrent en septembre 2026. Des propositions concrètes sont attendues d'ici la fin de l'année, pour une mise en œuvre progressive en 2027, vraisemblablement via la loi de finances. Autrement dit, rien ne change dans les semaines qui viennent, mais le cadre de 2027 se décide maintenant.
Et les formations en anglais dans tout ça ?
Les langues font partie des domaines les plus demandés via le CPF, avec le numérique, le management et la transition professionnelle. Elles ont déjà été touchées par le plafond de 1 500 € de février dernier. Rien n'indique à ce jour qu'elles seraient exclues ou davantage restreintes par la réforme de 2027, mais rien ne garantit non plus le contraire.
Un point mérite votre attention : si la vérification de cohérence professionnelle voit le jour, ce sont les projets clairement reliés à une situation de travail (poste actuel, évolution visée, reconversion) qui passeront le plus facilement. Pour l'anglais, c'est souvent le cas : échanges avec des clients ou des collègues étrangers, candidature à un poste, mobilité, certification demandée par l'employeur. Formaliser ce lien dès maintenant, dans votre dossier et dans votre entretien avec votre conseiller, est une bonne habitude quelle que soit l'issue des concertations.
Attendre ou se lancer ?
Depuis 2024, chaque durcissement du CPF a suivi la même logique : la nouvelle règle s'applique aux dossiers créés après son entrée en vigueur, pas aux formations déjà engagées. Le reste à charge de 2024 comme le plafond de février 2026 ont fonctionné ainsi. Un dossier validé aujourd'hui l'est donc sous les règles que vous connaissez.
Si vous aviez de toute façon prévu de travailler votre anglais dans les prochains mois, le calendrier joue plutôt en faveur d'un démarrage avant les arbitrages de 2027. Si votre projet est plus lointain, il n'y a pas d'urgence artificielle : l'utile est de suivre les conclusions des concertations en fin d'année.
Dans les deux cas, un échange avec un conseiller vous permet de vérifier vos droits disponibles, votre reste à charge réel et la formation qui correspond à votre situation.
Ce qu'il faut retenir
- Les concertations sur la réforme du CPF s'ouvrent en septembre 2026 ; aucune mesure nouvelle n'est applicable aujourd'hui.
- Une piste de 300 millions d'euros d'économies sur le CPF est étudiée pour le budget 2027, sans arbitrage rendu à ce jour.
- Le reste à charge de 150 € et le plafond de 1 500 € sur les certifications du Répertoire spécifique sont déjà en vigueur.
- Les pistes pour 2027 : vérification de la cohérence professionnelle, plafonds et reste à charge revus.
- Un projet de formation en anglais relié à votre situation professionnelle reste dans le cadre actuel s'il est engagé avant les nouvelles règles.
Cet article sera mis à jour au fil des concertations.
Sources
- Les Échos, entretien avec Jean-Pierre Farandou (16 juillet 2026)
- CFDT, communiqué de presse sur le compte personnel de formation (21 juillet 2026)
- Sénat, rapport n° 887 de la commission des finances sur le financement de la formation professionnelle (9 juillet 2026)
- Service-public.fr, relèvement de la participation forfaitaire à 150 € au 2 avril 2026 (décret n° 2026-234 du 30 mars 2026)
- Mon Compte Formation, les évolutions du CPF issues de la loi de finances 2026 et du décret n° 2026-127 du 24 février 2026
- Mon Compte Formation, évolution des règles d'éligibilité au CPF des permis de conduire





